MEDEF : son débat ne fera pas le printemps
Nombre de commentateurs se sont réjouis de la qualité du débat organisé par le MEDEF à l’occasion de sa rentrée.
Sept candidats et candidates à l’élection présidentielle, déclarés ou quasiment déclarés en cette fin août, ont fait le show.
Mais soyons des observateurs lucides…
Sept candidats sur une trentaine de prétendants potentiels : il reste une marche assez haute à franchir avant de considérer que nous avons assisté à un véritable débat présidentiel.
Ensuite, ce « débat » avait nécessairement une couleur : celle de l’entreprise vue par le patronat.
Ce prisme est parfaitement légitime. Mais il ne reflète évidemment pas, à lui seul, les attentes des citoyens dans chacun de nos territoires.
Plus gênant — mais je reconnais volontiers ne pas être totalement objectif — aucun des animateurs du MEDEF n’a vraiment indiqué aux sept prétendants ce que le patronat, lui, était prêt à mettre dans la corbeille de la mariée.
Non. Nous avons surtout entendu une longue litanie autour de deux revendications : davantage de libertés et de déréglementation, mais aussi, quand même, davantage d’aides publiques.
Je garde, quant à moi, en mémoire la carte électorale de la France au soir des élections européennes de 2024.
Une carte presque aussitôt oubliée.
À peine les résultats connus, la dissolution de l’Assemblée nationale et les législatives anticipées ont balayé toute véritable analyse de ce scrutin.
Et pourtant, les électeurs avaient envoyé un message d’une extraordinaire puissance : une très large partie de la France des villes moyennes, des petites communes et des territoires ruraux avait placé le Rassemblement national en tête.
Les formations traditionnelles de droite et de gauche, comme la majorité présidentielle, conservaient principalement leurs points de résistance dans les grandes agglomérations et certains territoires.
Cette géographie électorale aurait dû nous obséder.
Car derrière une carte électorale, il y a des femmes et des hommes.
Il y a le sentiment d’abandon de certains territoires, la question du pouvoir d’achat, celle des services publics, de l’accès aux soins, des mobilités, de l’emploi, du logement, de l’école et, plus largement, celle de la reconnaissance.
Or, je n’ai guère entendu les participants à la rentrée du MEDEF s’interroger sur ce que cette France-là attend de ses dirigeants économiques et politiques pour ne pas basculer dans le gouffre des aventures.


